Carte de l'Ubaye

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Je porte aux cadrans solaires une attention constante depuis 1982, lorsque j'ai eu l'occasion d'approcher le premier pour une restauration. C'était, à l'époque, un objet que j'abordais parmi d'autres avec une exigence de restaurateur acquise en Italie puis à Paris auprès de Michel Bourbon, sur des chantiers prestigieux (fresques et sculptures).

Mes premières créations de cadrans ont établi une continuité avec les restaurations : en Ubaye je devenais 'cadranier', d'abord étonné, puis considérant cette identité comme un jeu sérieux. Le décalage de ce métier est éclairé selon plusieurs azimuts convergents : l'histoire des sciences, le rapprochement de techniques anciennes et actuelles, le puits sans fond des fictions liées à la mesure du temps...
Des solutions ont du être trouvées pour chaque situation, entre respect du vocabulaire des cadrans locaux, exigences techniques et déontologique de restauration, expérimentations artistiques... Le fil conducteur est l'addition de tous les petits récits partagés qui installent ces instruments dans une histoire de l'art irrégulière populaire et sophistiquée. Le destin de ces objets est mouvementé : instruments quasiment "juridiques" à leur création ; stylistiquement différents selon les décennies qui vont du milieu du 18e siècle à la fin du 19e ; soutenant des fonctions d'affichage politique, moral ou religieux. Inusités au 20e siècle, les cadrans solaires redeviennent des instruments "signifiants" depuis 30 ans.

Un cadran solaire est généralement composé de tracé(s) horaire(s), d’un principe formel et d’une maxime plus ou moins sentencieuse ou ironique.
Ce triangle de composantes marque sa spécificité formelle et définit une "manière instrumentale" qui m'aide à penser l'art : les œuvres qui m'ont toujours le plus frappé fonctionnent comme 'machines à regarder', d’autres m'apparaissent comme de petits moulins à métaphores. Un mode majeur, l'autre est mineur. C’est l’écart dans les Ambassadeurs d’Holbein, entre l’anamorphose du crâne et les objets disposés sur le meuble : le crâne est au-delà de la peinture, installé dans un dépassement critique du réel et de la vision ; les instruments sur l’étagère racontent des usages, des savoirs et des jeux. Parmi eux, des cadrans.

Cadrans solaires
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